"A chaque instant, soyez vous-même: voilà bien l'injonction
la plus sadique, la plus odieusement enjôleuse qui ait jamais été inventée par la société de consommation. Car non seulement il est impossible de savoir avec une certitude pleine et entière si
l'on est soi-même; mais encore une vie ne vaut que par ses rencontres, que par les forces multiples qui les parcourent, par toutes les puissances de joie, de création, de plaisir qui l'animent;
et cela n'a pas grand-chose à voir avec ce qu'il est convenu d'appeler (la tristesse mesquine du mot devrait suffire à nous alerter) un individu; sorte de petite dictature de la
République du Moi, une et indivisible, étrangère à toute idée de fraternité, d'égalité et de liberté. Ne sait-on pas que le mot "sujet" désigne, en politique, celui qui doit
soumission?"
Petit éloge de la douceur, S. Audeguy
L'écriture d'Audeguy est typiquement une de celles que j'apprécie, et son petit éloge est fantastique (à retenir, son paragraphe Caresses).
Ce soir on est allés dans l'appart de potes plus ou moins lointains et leur déco était très d&co, et ça m'a rendue jalouse un peu parce que d'habitude quand on va
chez des amis leur appart est pourri, il y a des canettes de bière sur le sol et des capsules qui traînent un peu partout, des moutons de poussière qui se courent après et des miettes de tabac
mélangées à de la cendre sur la table et après, quand je rentre chez nous je suis contente de voir que tout est propre et bien à sa place. Il y a des choses instinctives que je devrais changer, par
exemple je devrais dire les pas riches au lieu des pauvres (ca me fait un peu penser à l'hypocrisie du jargon français, du style les seniors à la place des vieux, ou le pire: les
malentendants pour les sourds) et aussi arrêter de penser à des méchancetés élitistes du genre: les gens pauvres ne sont pas cultivés. Ca ne se fait pas.
Et je me souviens d'une bribe de conversation msn, où un copain virtuel me disait qu'il m'appréciait, et j'essayais de démontrer le peu de valeur de cette appréciation superficielle: superficielle
car je ne montrais ce que je voulais montrer, et qu'il ne pouvait apprécier qu'une infime partie, et il me disait qu'il s'en foutait, peu importe, tant que ce qu'il voyait de moi le lui faisait
aimer. Et au final, qui a tort, qui a raison? Car l'être se voit dans son action, pas dans sa pensée détachée de tout matériel, et faut-il mieux aimer les gens pour ce qu'ils sont avec nous ou ce
qu'ils sont vraiment à l'intérieur? Je n'aurais que très peu ou pas d'amis si je me montrait dépouillée de tout artifice. Ce qui soulève une autre question: comment peut-on être vraiment soi-même?
Je n'aime pas trop fouiller de ce côté là, j'ai trop de grandes thèses philosophiques qui se bousculent dans ma tête après. C'est comme les bloggers qui me parlent avec un style ampoulé, comme si
parler sur MSN c'était pareil qu'écrire sur un blog, avec le temps de réflexion avant écriture, et temps de réflexion du lecteur avant la réponse. Peut-être qu'ils croient repousser encore un peu
la réalité charnelle de celui en face d'eux en continuant le bel idéal bloggeur. Sérieux, te prends pas la tête mec.
Avec un peu d'alcool dans les veines les mots sont plus fluides et les sentiments plus forts. Et je discute avec des gens et je me rends compte que j'oublie les choses à une vitesse vertigineuse,
qui sortait avec qui à l'époque, l'existence de personnes qui ont joué un rôle dans ma vie, les amis, les bloggeurs qui ont été capitals à une certaine période donnée, des anecdotes, désolée, j'ai
une mémoire sélective, je ne me souviens pas. Peut-être que je ne me concentre pas assez sur l'extérieur, ou alors que c'est le hasard d'un contexte. Et puis en ce moment je mange des trucs pas
sains du genre crêpes au nutella, Kinder Maxi et Steack-pâtes, ce qui fait que je grossis, et je préférerais peser genre 50kgs mais que tout soit harmonieusement réparti que cinq de moins et tout
au milieu du corps comme c'est le cas présent. Mais tout cela ne sont que des considérations de meuf à la con, et je ferais bien de me taire et d'arrêter de penser