Jeudi 15 mai 2008
J'ai découvert chez un de mes cousins un particularisme qui comme chez les gens que j'admire, m'étonne et détonne. Une séduction naturelle et exponentielle, l'intelligence, et surtout ce trait que je n'arriverais jamais à saisir, la désinvolture et la tranquille assurance. A presque dix-huit ans, il s'engage l'année prochaine dans l'armée, il a passé les tests avec brio et possède toutes les qualités qui font le militaire (assurance, conscience des limites, en bref, sain d'esprit). Sa vie est une étrange symbiose d'assurance sur l'existence et de détachement du terrestre, de la mort en fait. Vivre, c'est bien, mourir demain, quelle importance tant qu'on fait ce qu'il nous plaît? Etre sur les premières lignes et tomber, crever d'un accident de moto, il a ce tranquille détachement que je jalouse, cette sérénité qui n'est pas de la folie adolescente, car il y a cette intelligence de vivre qui saute aux yeux, c'en est trop troublant, malaisé à ressentir et encore plus à comprendre

J'essaie de compter les gens que j'admire et respecte en même temps, et c'est difficile, ce qui est sûr, c'est qu'il n'y en a pas tous les doigts d'une main. Il y a énormément de gens que j'apprécie, pour ce qui les font être eux ou pour ce qu'ils me procurent (quelle importance dans cette division), mais qu'en est-il pour ce qui est de ceux que je considère non pas comme des modèles, mais pour des étrangetés hors-monde? Ils sont comme nimbés d'un voile éclatant que je suis parfois -ou souvent- la seule à voir comme tel.
Et je les regarde, émerveillée en silence, évoluer dans ma sphère, lointaine ou pas. Ce sont comme des architectures modelées avec perfection, c'est comme si leur mécanisme était fait d'argent quand nous, nous sommes cuivre.
Je vois peut-être ce que j'ai envie de voir en eux, qu'importe, je saisis dans leur être ce qui me trouble et m'enrage d'avoir saisi, et les observe. Mais ce respect et cette admiration sont fragiles, il suffit qu'ils se rapprochent de moi, pour qu'à tout prix je les décortique et cherche ce qui me permettrait de les mépriser, ne serait-ce qu'un peu, un trait infime, à tout prix. Pour me rassurer.
Et malheureusement, à chaque fois, ca se produit. Ceux que j'admirent (qui sont je crois tous masculins) se projettent comme fatalement dans ma toile, au plus près de moi, et je trouve chez eux une faille trop humainement banale dans cet ensemble pourtant parfait dans ses rouages. Et plus ils viennent, plus je trouve des traits à mépriser. Et même si, après, je leur reste fidèle dans le respect/admiration, ils sont irrémédiablement ternis. C'est cruel, mais j'ai toujours été silencieuse, n'oublie pas: les actes prévalent sur la pensée.