Lundi 4 février 2008
Cher journal
aujourd'hui le ciel pleure mais je reste dans l'ombre entre mes quatre murs de pierre. Je m'endors en écoutant les bruits du dehors qui résonnent dans ma tête, ce n'est pas une jolie mélodie mais les hommes n'aiment pas le silence, je crois que cela leur rappelle la mort
Cher journal
cette nuit je sors comme toute les nuits, mes longs cheveux sont comme de la soie qui virevolte dans mon bonheur de respirer les odeurs de fête. J'ai mis une de mes robes préférées, le velours ne m'écorche pas; je suis si sensible. Je me sais très belle et très désirable, les effluves de musc font palpiter les sens de ceux que je frôle dans ma hâte. Il pleut toujours, et les gouttes forment comme des perles irisées sur mes bas noirs, noirs comme la voûte sans étoiles.
Cher journal
je suis rentrée avec un homme, j'ai cédé encore une fois, il avait un regard si doux et si gentil. Quand il a posé la main sur mon épaule je sentais les vibrations de loup qui parcourait son corps et j'ai accepté avec solennité son invitation à danser. La musique était forte comme je l'aimais, mes battements de coeur et les battements du coeur de cet homme bondissaient au rythme des basses qui résonnaient et j'ai respiré son odeur
Cher journal
quelle tristesse, j'ai regardé dans ma boîte à souvenirs et j'ai retrouvé un camé qu'il m'avait offert une nuit de saint Valentin, je l'ai caressé du bout des doigts et l'aiguille de la broche m'a piquée et a ravivé des pensées douloureuses, j'ai bercé mes poupées en frissonnant jusqu'à ce que je m'apercoive que la main de l'une d'elles était en sang, en fait à cause de ma petite blessure. J'ai été soulagée.
Cher journal
cette nuit je sors comme toutes les nuits, j'ai mis ma robe rouge grenat et je me hâte vers un nouveau lieu propice aux rendez-vous. Une invitation au vernissage de l'exposition d'un artiste qui se plaît à faire du fétichisme une inspiration artistique, cela peut être intéressant. En arrivant j'ai beaucoup apprécié la parure soignée des femmes à voilette et des dandys d'un autre siècle. Tout le monde était courtois, raffiné à l'extrême, et nous avons tous applaudi au défilé des mannequins en corsets.
Cher journal
je crois que quelqu'un me suit, j'ai eu très peur hier en rentrant avec un homme, lui n'a pas remarqué mais j'entendais des pas qui n'étaient pas coordonnés aux nôtres, et j'ai vu une ombre glisser sur le pavis. Cette sensation de malaise m'a fait perdre le contrôle de moi-même et ce soir en me réveillant toute ma chambre était très sale et mon beau vase en porcelaine était brisé, j'ai beaucoup pleuré sur moi-même et ce soir je reste ici par sécurité, pour ne pas être suivie par une méchante personne. Pour m'occuper j'ai dansé un menuet devant le corps immobile et puis j'ai tout nettoyé
Cher journal
j'ai beaucoup réfléchi à tout ce que j'avais vécu jusqu'à présent et je pense que cela ne peut être que bénéfique, que je sois seule sans personne avec qui me distraire comme lui savait me distraire, parce que comme ça je n'ai plus jamais peur de souffrir atrocement à la perte d'une personne chère. Des fois je parle à son beau portrait, mes yeux pleuvent en regardant l'écharpe en cashmere que je lui avais offert et qui allait si bien avec sa redingote en cuir noir que j'aimais effleurer. Devant ma porte quelqu'un a déposé une gerbe de roses blanches et j'ai trouvé ca insultant, effrayant aussi, car personne ne doit savoir où j'habite. Je regarde les fleurs que j'ai éffeuillées et je les écrase du talond. Demain, je pars
Cher journal
cette nuit j'ai rencontré l'homme qui me suivait, il m'a empoigné le bras et m'a regardée avec intensité. Il avait des yeux incroyablement bleus et un rictus le rendait offensant à la vue. Il m'a chuchoté, qu'il savait qui j'étais et que c'était de sa part, les roses blanches, et qu'il espérait que mon cadeau m'avait fait plaisir tout en sachant que c'était le contraire. Heureusement que celui qui était mon chevalier servant l'a écarté de moi en le menacant d'avoir recours à la force, et j'ai trouvé son intervention follement romantique. L'autre a reculé et s'est enfuit, j'ai été soulagée mais mon imprudence me met en péril et je suis impatiente de quitter cette ville.
Cher journal
ceci est la dernière page que j'écris, car même s'il m'accorde le droit à une dernière virevolte littéraire, il me presse de finir vite et je regrette de n'avoir pas plus du temps. Je finissais mon repas quand il est entré et j'ai hurlé d'effroi, j'ai essayé de lutter mais je suis une faible créature malgré tout. Il m'a attachée au lit et j'ai lu dans son regard une once de convoitise, mais qui a vite disparu, submergé par le dégoût. Il m'a appelée de tous mes prénoms et j'ai eu de l'estime et une certaine nostalgie en repensant à l'époque où on m'appelait Bérénice, ou Mélisande. Il a dit, que j'étais un monstre et que c'était une horrible chose que d'avoir vécu aussi longtemps comme moi, et que la rédemption avait attendue trop longtemps.
Le mot m'a hérissée et j'ai eu de la haine à son égard, je voulais le tuer mais il m'avait trop solidement attachée pour que je fasse quoique ce soit. Il m'a fait subir plein d'expériences qui m'ont fait très mal, ma peau est brûlée à certains endroits et j'ai sangloté de perdre ma beauté comme ça.
Il m'a dit des choses encore plus horribles que ses tortures physiques, il m'a dit que c'était son arrière grand-père qui avait tué Florentin et que sa mort avait été très longue et très douloureuse, qu'il hurlait de me prendre moi au lieu de lui, qu'il préférait me voir mourir à sa place et même si je ne le croyais pas ses mots étaient comme des pieus enfoncés au plus profond de mon coeur.
L'homme s'est dit représentant de Dieu et qu'il allait purger le monde du mal que j'étais. Il m'a donné l'onction et a prononcé le désir de me voir repentie mais il a arrêté ses inepties quand j'ai essayé de le mordre. Il dit qu'il va me tuer et qu'ainsi la lignée sera définitivement exterminée, et tout en disant cela la lueur de son poignard a jailli de l'obscurité

aujourd'hui le ciel pleure mais je reste dans l'ombre entre mes quatre murs de pierre. Je m'endors en écoutant les bruits du dehors qui résonnent dans ma tête, ce n'est pas une jolie mélodie mais les hommes n'aiment pas le silence, je crois que cela leur rappelle la mort
Cher journal
cette nuit je sors comme toute les nuits, mes longs cheveux sont comme de la soie qui virevolte dans mon bonheur de respirer les odeurs de fête. J'ai mis une de mes robes préférées, le velours ne m'écorche pas; je suis si sensible. Je me sais très belle et très désirable, les effluves de musc font palpiter les sens de ceux que je frôle dans ma hâte. Il pleut toujours, et les gouttes forment comme des perles irisées sur mes bas noirs, noirs comme la voûte sans étoiles.
Cher journal
je suis rentrée avec un homme, j'ai cédé encore une fois, il avait un regard si doux et si gentil. Quand il a posé la main sur mon épaule je sentais les vibrations de loup qui parcourait son corps et j'ai accepté avec solennité son invitation à danser. La musique était forte comme je l'aimais, mes battements de coeur et les battements du coeur de cet homme bondissaient au rythme des basses qui résonnaient et j'ai respiré son odeur
Cher journal
quelle tristesse, j'ai regardé dans ma boîte à souvenirs et j'ai retrouvé un camé qu'il m'avait offert une nuit de saint Valentin, je l'ai caressé du bout des doigts et l'aiguille de la broche m'a piquée et a ravivé des pensées douloureuses, j'ai bercé mes poupées en frissonnant jusqu'à ce que je m'apercoive que la main de l'une d'elles était en sang, en fait à cause de ma petite blessure. J'ai été soulagée.
Cher journal
cette nuit je sors comme toutes les nuits, j'ai mis ma robe rouge grenat et je me hâte vers un nouveau lieu propice aux rendez-vous. Une invitation au vernissage de l'exposition d'un artiste qui se plaît à faire du fétichisme une inspiration artistique, cela peut être intéressant. En arrivant j'ai beaucoup apprécié la parure soignée des femmes à voilette et des dandys d'un autre siècle. Tout le monde était courtois, raffiné à l'extrême, et nous avons tous applaudi au défilé des mannequins en corsets.
Cher journal
je crois que quelqu'un me suit, j'ai eu très peur hier en rentrant avec un homme, lui n'a pas remarqué mais j'entendais des pas qui n'étaient pas coordonnés aux nôtres, et j'ai vu une ombre glisser sur le pavis. Cette sensation de malaise m'a fait perdre le contrôle de moi-même et ce soir en me réveillant toute ma chambre était très sale et mon beau vase en porcelaine était brisé, j'ai beaucoup pleuré sur moi-même et ce soir je reste ici par sécurité, pour ne pas être suivie par une méchante personne. Pour m'occuper j'ai dansé un menuet devant le corps immobile et puis j'ai tout nettoyé
Cher journal
j'ai beaucoup réfléchi à tout ce que j'avais vécu jusqu'à présent et je pense que cela ne peut être que bénéfique, que je sois seule sans personne avec qui me distraire comme lui savait me distraire, parce que comme ça je n'ai plus jamais peur de souffrir atrocement à la perte d'une personne chère. Des fois je parle à son beau portrait, mes yeux pleuvent en regardant l'écharpe en cashmere que je lui avais offert et qui allait si bien avec sa redingote en cuir noir que j'aimais effleurer. Devant ma porte quelqu'un a déposé une gerbe de roses blanches et j'ai trouvé ca insultant, effrayant aussi, car personne ne doit savoir où j'habite. Je regarde les fleurs que j'ai éffeuillées et je les écrase du talond. Demain, je pars
Cher journal
cette nuit j'ai rencontré l'homme qui me suivait, il m'a empoigné le bras et m'a regardée avec intensité. Il avait des yeux incroyablement bleus et un rictus le rendait offensant à la vue. Il m'a chuchoté, qu'il savait qui j'étais et que c'était de sa part, les roses blanches, et qu'il espérait que mon cadeau m'avait fait plaisir tout en sachant que c'était le contraire. Heureusement que celui qui était mon chevalier servant l'a écarté de moi en le menacant d'avoir recours à la force, et j'ai trouvé son intervention follement romantique. L'autre a reculé et s'est enfuit, j'ai été soulagée mais mon imprudence me met en péril et je suis impatiente de quitter cette ville.
Cher journal
ceci est la dernière page que j'écris, car même s'il m'accorde le droit à une dernière virevolte littéraire, il me presse de finir vite et je regrette de n'avoir pas plus du temps. Je finissais mon repas quand il est entré et j'ai hurlé d'effroi, j'ai essayé de lutter mais je suis une faible créature malgré tout. Il m'a attachée au lit et j'ai lu dans son regard une once de convoitise, mais qui a vite disparu, submergé par le dégoût. Il m'a appelée de tous mes prénoms et j'ai eu de l'estime et une certaine nostalgie en repensant à l'époque où on m'appelait Bérénice, ou Mélisande. Il a dit, que j'étais un monstre et que c'était une horrible chose que d'avoir vécu aussi longtemps comme moi, et que la rédemption avait attendue trop longtemps.
Le mot m'a hérissée et j'ai eu de la haine à son égard, je voulais le tuer mais il m'avait trop solidement attachée pour que je fasse quoique ce soit. Il m'a fait subir plein d'expériences qui m'ont fait très mal, ma peau est brûlée à certains endroits et j'ai sangloté de perdre ma beauté comme ça.
Il m'a dit des choses encore plus horribles que ses tortures physiques, il m'a dit que c'était son arrière grand-père qui avait tué Florentin et que sa mort avait été très longue et très douloureuse, qu'il hurlait de me prendre moi au lieu de lui, qu'il préférait me voir mourir à sa place et même si je ne le croyais pas ses mots étaient comme des pieus enfoncés au plus profond de mon coeur.
L'homme s'est dit représentant de Dieu et qu'il allait purger le monde du mal que j'étais. Il m'a donné l'onction et a prononcé le désir de me voir repentie mais il a arrêté ses inepties quand j'ai essayé de le mordre. Il dit qu'il va me tuer et qu'ainsi la lignée sera définitivement exterminée, et tout en disant cela la lueur de son poignard a jailli de l'obscurité

A. Sidorowicz


