sur le style littéraire!
Chère Louve dit :
et l'imposs. de la communication ac autrui
Ok alors le second thème on oublie, car les bloggeurs savent mieux que quiconque le sentiment de la prison des mots, le langage secret qu'on tait alors que les autres se livrent, et que l'on reste les lèvres scellées sur notre secret.
Le style littéraire, une question, inné, acquis? Un peu des deux, beaucoup d'acquis, tout ce qu'on est est construit des apports de la vie. Je ne sais pas si à l'époque du règne de la tv, si je n'étais pas restée renfermée sur mes dessins et mes livres, j'aurais pu être et donc écrire ce que je suis et donc écris aujourd'hui.
Les milliers de lignes qui ont dansé sous mes yeux m'ont influencée quelque part et je ne saurais évidemment pas dire lesquelles précisément, l'acquis s'est constitué peu à peu, pas seulement des livres mais du reste aussi
Je me suis construire sur la flamme de Cohen, l'élégance discrète d'Eluard ca c'est certain, et même dans mes dissertations j'ai l'habitude de faire des phrases longues sans interruption. J'étais tombée sur un site, qui était pour la défense du point virgule qui disparaissait complètement: tout aujourd'hui est nerveux, court et percutant, un style journalistique frappant. J'aime bien le point virgule dans les dissertations.
Style élégant, rythmé, mais trop de longueurs. Beaucoup m'ont dit ca, et ce sont des gens avisés, et je crois que c'est assez bien résumé. Un style fleuri, charmant, on pourrait remplacer les mots par une couleur de gris délavé, j'écris avec joliesse mais ça traîne, pas beaucoup de heurt mais une espèce d'envolée qui se freine, je ne sais pas ça craint et plus égocentrique l'analyse tu meurs. Les heurts, je les insère dans les mots durs et les mots crus, et quelques tournures brusques. Les gens trouvent ça plaisant, avec cette cohabitation des pensées qui sentent un peu le soufre sans que ça ne vire trop au malaise. Il faut éviter le malaise
J'ai parcouru des centaines de blogs, en ai saisi quelque uns au vol, que j'ai suivi avec plaisir, et que je suis toujours. Et le merveilleux et le rageant, c'est qu'au fil des tours et détours, tu tombes toujours sur un nouveau, une personne inconnue aux mots géniaux, c'est comme au cours de LPE, tous ces gens qui écrivent trop bien alors que tu te croyais dans une sphère d'élites planant au-dessus de la masse. Parmi les plus marquants, dans le sens où le style peut s'accorder étonnement bien avec la personne, je peux en retenir quelques uns, en fait trois:
Elle est la reine de la nouvelle, et dans notre petite sphère on l'encense et on en rage. Et pourtant, quel style formé? Phrases courtes, les mots dans toute leur nudité, il y a de l'absurde et du non-sens vital, des histoires crues où la poésie s'immisce comme si elle gênait dans la rancoeur et les pensées des personnes. Chez elle, ce sont des univers qui se créent, des gens qui palpitent au coeur de la page, il y a Ethan qui sourit, un peu en retrait, et le père de Côme qui court les rues d'un air pressé. Et puis Nat qui rit avec Lucas parce qu'elle le trouve trop délire, et Gary qui les regarde avec envie.
Et elle, on dirait qu'elle écrit comme ca et que ca vient tout seul alors qu'on s'acharne à faire un peu comme elle, mais nos univers, ils s'écroulent d'eux-mêmes et ils sonnent un peu faux, pas assez vrai. Elle écrit en fragmenté et l'ensemble trouve sa cohésion de lui-même. L'aigri la rancoeur et le goût amer des choses avec ce truc idéaliste et fragile. C'est une écriture solitaire qui se suffit à elle-même et qui en même tant aspire à beaucoup de choses, tu me diras si j'ai tort ou pas
"Et dans la rue d'en face il y a ces deux corps jeunes mais fatigués, las, plus vraiment en phase et qui attendent que le réveil sonne les yeux grand ouverts dans le noir. Puis ils se lèveront et peut-être que le jeune garçon regardera le corps un peu ramolli de la fille avec dégoût, la phase trois du déclin, et peut être que la jeune fille réprimera un rire nerveux en regardant l'épi pitoyable qui pointe des cheveux masculins."
Il écrit comme ça vient et sa pensée se déroule dans la brièveté, cet aspect formel qui frappe parce que, l'habitude des phrases et d'une syntaxe ordonnée, mais ses mots viennent et reviennent à la ligne, et l'extraordinaire réside dans cette pensée qui s'écoule, on se pose et on regarde le spectacle des pensées qui se forment et qui se jettent, une pensée en continu qui s'achève sans qu'elle ne se termine vraiment, et chacun des messages postés se soude aux autres dans une farandole de posts-it collés ça et là dans le bordel d'une chambre noire. C'est un truc que tu bois facilement, un p'tit cul-sec sans réfléchir, et au final au goût doux-amer, un peu grisâtre, c'est quelque chose qui ne recherche rien sinon de se déverser quelque part, au lecteur d'y voir ses meilleurs passages, parce qu'il y a vraiment cette absence de recherche d'un style poétique ou aimable. Tu poses tes mots en retour à la ligne dans l'instantané de ce qui se forme à l'instant même, réflexion analyse silence du passif, tu me diras si j'ai tort ou pas
"Ici on vit au ralenti, le temps s'étire de tout son long, et baille un peu
on ne sait pas trop quoi en faire
le raccourcir ? le ralonger ? peu importe
on le vit tel quel, qu'est-ce que ça change ?"
Et lui, il écrit comme il est, dans sa carrure de mec, et du mec qui vit dans l'action, quelle différence avec le précédent. Des mots mitraille, des mots presque de rap, du rythme à en faire valser la tête et des phrases qui frappent et qui font sourire d'admiration. Parce que l'écriture de mec, et ca vaut pour les deux, se vit et ne s'est pas vu dans les livres, action ou inaction, réaction. Ya de la rime, du flow comme ils disent, la retenue se rend ténue, du moi, en veux-tu en voilà, je me livre pas mais je t'assènes quelque part de mon moi, et tu n'auras pas grand'chose à comprendre. Ton écriture se vit et se rend très peu mélancolique, et comme tu le dis, tu ne veux que des sourires, tu me diras, hein, si j'ai tort ou pas
"On a tous besoin de folie et de principes, alors mon beuglement est illégitime. Je vis dans l'un, dans l'autre, c'est l'assouvissement de mes ambitions qui me torture sûrement le plus. Fallait pas, fallait pas, l'ange qui titube, c'est lui qui a décidé d'escorter mes pas. De l'argent, après on calculera. Si ça te paraît mystique, oublie moi. Force. Détermination"
Entrée en scène, rideaux ouverts: Chère Louve, 9 m2, Pichi



