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Run, run, run

Entends-tu le chant des hommes qui courent après l'amour ?
Ce bruit sourd résonne nuit après nuit, jour après jour.

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Dimanche 27 avril 2008
Chère Louve dit :
sur le style littéraire!
Chère Louve dit :
et l'imposs. de la communication ac autrui


Ok alors le second thème on oublie, car les bloggeurs savent mieux que quiconque le sentiment de la prison des mots, le langage secret qu'on tait alors que les autres se livrent, et que l'on reste les lèvres scellées sur notre secret.
Le style littéraire, une question, inné, acquis? Un peu des deux, beaucoup d'acquis, tout ce qu'on est est construit des apports de la vie. Je ne sais pas si à l'époque du règne de la tv, si je n'étais pas restée renfermée sur mes dessins et mes livres, j'aurais pu être et donc écrire ce que je suis et donc écris aujourd'hui.
Les milliers de lignes qui ont dansé sous mes yeux m'ont influencée quelque part et je ne saurais évidemment pas dire lesquelles précisément, l'acquis s'est constitué peu à peu, pas seulement des livres mais du reste aussi
Je me suis construire sur la flamme de Cohen, l'élégance discrète d'Eluard ca c'est certain, et même dans mes dissertations j'ai l'habitude de faire des phrases longues sans interruption. J'étais tombée sur un site, qui était pour la défense du point virgule qui disparaissait complètement: tout aujourd'hui est nerveux, court et percutant, un style journalistique frappant. J'aime bien le point virgule dans les dissertations.

Style élégant, rythmé, mais trop de longueurs. Beaucoup m'ont dit ca, et ce sont des gens avisés, et je crois que c'est assez bien résumé. Un style fleuri, charmant, on pourrait remplacer les mots par une couleur de gris délavé, j'écris avec joliesse mais ça traîne, pas beaucoup de heurt mais une espèce d'envolée qui se freine, je ne sais pas ça craint et plus égocentrique l'analyse tu meurs. Les heurts, je les insère dans les mots durs et les mots crus, et quelques tournures brusques. Les gens trouvent ça plaisant, avec cette cohabitation des pensées qui sentent un peu le soufre sans que ça ne vire trop au malaise. Il faut éviter le malaise

J'ai parcouru des centaines de blogs, en ai saisi quelque uns au vol, que j'ai suivi avec plaisir, et que je suis toujours. Et le merveilleux et le rageant, c'est qu'au fil des tours et détours, tu tombes toujours sur un nouveau, une personne inconnue aux mots géniaux, c'est comme au cours de LPE, tous ces gens qui écrivent trop bien alors que tu te croyais dans une sphère d'élites planant au-dessus de la masse. Parmi les plus marquants, dans le sens où le style peut s'accorder étonnement bien avec la personne, je peux en retenir quelques uns, en fait trois:

Elle est la reine de la nouvelle, et dans notre petite sphère on l'encense et on en rage. Et pourtant, quel style formé? Phrases courtes, les mots dans toute leur nudité, il y a de l'absurde et du non-sens vital, des histoires crues où la poésie s'immisce comme si elle gênait dans la rancoeur et les pensées des personnes. Chez elle, ce sont des univers qui se créent, des gens qui palpitent au coeur de la page, il y a Ethan qui sourit, un peu en retrait, et le père de Côme qui court les rues d'un air pressé. Et puis Nat qui rit avec Lucas parce qu'elle le trouve trop délire, et Gary qui les regarde avec envie.
Et elle, on dirait qu'elle écrit comme ca et que ca vient tout seul alors qu'on s'acharne à faire un peu comme elle, mais nos univers, ils s'écroulent d'eux-mêmes et ils sonnent un peu faux, pas assez vrai. Elle écrit en fragmenté et l'ensemble trouve sa cohésion de lui-même. L'aigri la rancoeur et le goût amer des choses avec ce truc idéaliste et fragile. C'est une écriture solitaire qui se suffit à elle-même et qui en même tant aspire à beaucoup de choses, tu me diras si j'ai tort ou pas
"Et dans la rue d'en face il y a ces deux corps jeunes mais fatigués, las, plus vraiment en phase et qui attendent que le réveil sonne les yeux grand ouverts dans le noir. Puis ils se lèveront et peut-être que le jeune garçon regardera le corps un peu ramolli de la fille avec dégoût, la phase trois du déclin, et peut être que la jeune fille réprimera un  rire nerveux en regardant l'épi pitoyable qui pointe des cheveux masculins."

Il écrit comme ça vient et sa pensée se déroule dans la brièveté, cet aspect formel qui frappe parce que, l'habitude des phrases et d'une syntaxe ordonnée, mais ses mots viennent et reviennent à la ligne, et l'extraordinaire réside dans cette pensée qui s'écoule, on se pose et on regarde le spectacle des pensées qui se forment et qui se jettent, une pensée en continu qui s'achève sans qu'elle ne se termine vraiment, et chacun des messages postés se soude aux autres dans une farandole de posts-it collés ça et là dans le bordel d'une chambre noire. C'est un truc que tu bois facilement, un p'tit cul-sec sans réfléchir, et au final au goût doux-amer, un peu grisâtre, c'est quelque chose qui ne recherche rien sinon de se déverser quelque part, au lecteur d'y voir ses meilleurs passages, parce qu'il y a vraiment cette absence de recherche d'un style poétique ou aimable. Tu poses tes mots en retour à la ligne dans l'instantané de ce qui se forme à l'instant même, réflexion analyse silence du passif, tu me diras si j'ai tort ou pas
"Ici on vit au ralenti, le temps s'étire de tout son long, et baille un peu
on ne sait pas trop quoi en faire
le raccourcir ? le ralonger ? peu importe
on le vit tel quel, qu'est-ce que ça change ?
"


Et lui, il écrit comme il est, dans sa carrure de mec, et du mec qui vit dans l'action, quelle différence avec le précédent. Des mots mitraille, des mots presque de rap, du rythme à en faire valser la tête et des phrases qui frappent et qui font sourire d'admiration. Parce que l'écriture de mec, et ca vaut pour les deux, se vit et ne s'est pas vu dans les livres, action ou inaction, réaction. Ya de la rime, du flow comme ils disent, la retenue se rend ténue, du moi, en veux-tu en voilà, je me livre pas mais je t'assènes quelque part de mon moi, et tu n'auras pas grand'chose à comprendre. Ton écriture se vit et se rend très peu mélancolique, et comme tu le dis, tu ne veux que des sourires, tu me diras, hein, si j'ai tort ou pas
"On a tous besoin de folie et de principes, alors mon beuglement est illégitime. Je vis dans l'un, dans l'autre, c'est l'assouvissement de mes ambitions qui me torture sûrement le plus. Fallait pas, fallait pas, l'ange qui titube, c'est lui qui a décidé d'escorter mes pas. De l'argent, après on calculera. Si ça te paraît mystique, oublie moi. Force. Détermination"

Entrée en scène, rideaux ouverts: Chère Louve, 9 m2, Pichi



par Heela
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Jeudi 24 avril 2008

Quand je désirais quelqu'un, et que je l'obtenais, je voulais avoir plus que son corps et sa présence en chair et en mots, il me fallait aussi violer son intérieur, pouvoir décortiquer son âme, analyser ses peurs, sentir sous mes doigts sa fragilité. Et qu'il soit fou, qu'il soit fort, qu'il soit capable d'écrire de façon magnifique et de pleurer et que je sois son oxygène, sa raison de vivre, l'épicentre de son social. Je voulais pouvoir lui parler de grandes questions existentielles, débattre philosophie et actualité, qu'il sache savoir simplement. Comment était le premier amour de ma vie?

Tu étais un dur à cuir, tu semblais silex et moi j'étais l'Effacée, je vivais de livres et de pensées, tu n'allais pas souvent en cours et tu fréquentais ceux que je détestais parce qu'ils se moquaient de moi, de mes notes, de mon savoir, de ma non-vie. On était aux antipodes, tu crachais et je me taisais, tu étais fort et j'étais faible, tu vivais en butant les autres sur ton passage et je vivais cachée sans faire de bruit.
On s'est mis ensemble vers octobre, et c'était maladroit comme toutes les relations normales d'un être avec un autre. C'était bien sans être terrible, c'était sympa sans être fantastique, et je suis peu à peu tombée amoureuse mais je t'ai quitté parce que ce n'était pas comme je voulais que ce soit.
Et puis on s'est remis ensemble sur un coup de la vie, comme ça, et ca a été terrible et fantastique, parce que nous nous étions ouverts et que l'on touchait là à quelque chose de moins superficiel. On était cachés des autres, et nos lettres échangées sous le sceaux de la discrétion avait la valeur de l'amour. Nous étions des heures au téléphone, et nous nous aimions de corps et d'esprit. Tu écrivais des haikus et nous nous étions mis d'accord, toi Takeo et moi Kaede, seul notre prof de français savait tout et voyait la lumière qui nous transfigurait. Tu étais moins dur, j'ai vu une seule larme sur ta joue, et je voyais enfin ce qui était en toi, je touchais enfin à cette sensibilité sans laquelle je n'aurais pas été amoureuse.
Mais ca n'a duré que quelques semaines, peut-être deux mois. Ca avait été trop fort d'un seul coup, et tu ne pouvais pas supporter ça, et tes anciennes habitudes ont refait surface et ce n'était pas ce que à quoi je m'attendais de l'amour. Les lettres se sont espacées puis effacées, tu séchais à nouveau les cours et moi je restais là avec mon amour passionnel en suspend lorsque tu sortais. Mais tu m'aimais encore, mais il n'y avait plus la fulgurance qui nous avait foudroyés. Et tout au fond, mon coeur était dans l'insatisfaction, l'amour n'était pas complet, il manquait quelque chose.
Alors ce jour-là je t'ai quitté, et je t'ai vu t'effriter quand je suis partie.

Après, ca a été sale, car je me suis métamorphosée dans cette souffrance de ne plus t'avoir, d'avoir un amour qui prenait tout sans rien tout autour. J'ai même voulu revenir mais c'était trop tard. Nous sommes partis dans des directions différentes, tu es redevenu toi-même. Mais cette histoire n'a pas été négative, quoique l'on ait pu en dire, quoique j'ai pu faire. J'avais déjà été gothique et torturée, je m'étais déjà écorchée jusqu'au sang, notre fin n'avait fait qu'amplifier le mal-être que je ressentais déjà auparavant, et ne l'a pas créé. Alors d'accord, je suis devenue radicalement plus dure, plus immorale et haineuse, grâce à cette rupture j'ai pu laisser libre cours aux vices sans barrage de la morale. Mais au final, dans ce que je suis maintenant, je n'aurais pu l'être sans toi, sans notre amour et la violence du séisme de fin. Et je me souviendrais toujours de quelques séquences de notre vie à deux, et du brusque élan qui nous a agrippé à la poitrine. Cet après-midi d'hiver où tu faisais des idioties pour me faire rire, tes acrobaties et nos étreintes sur un banc figé par le froid. Le jour où tu m'as fait écouter Paint it Black des Stones. Le sourire complice de Mr. B. en cours. Les lettres, que je garde toujours. J'ai oublié ta façon d'embrasser, ce que je ressentais quand nous faisions l'amour, ce que l'on faisait lorsqu'on se voyait. Mais ca n'importe peu, car plus que les souvenirs, ce premier amour dans son ensemble a façonné la base de ce que je suis aujourd'hui.

Je sais que tu ne m'oublieras pas, je ne t'oublierais pas non plus. Ce que l'on a vécu tous les deux a été trop important dans notre adolescence pour qu'on puisse l'effacer. J'espère que ta vie sera fantastique.

par Heela
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Lundi 21 avril 2008

Ce soir en rentrant, la montée d'adrénaline me faisait bouillir le sang dans les veines et je me sentais reine du monde. Les flux chimiques qui fourmillaient dans le corps m'ouvrait les portes de l'horizon. Pourquoi me cantoner à deux licences pour entrer misérablement dans un bureau de l'administration? Je pouvais tout aussi bien me réorienter. Devenir, je ne sais pas moi, trader, comme dans le film avec Ewan McGregor, ne pas rester dans la masse mais m'élever, devenir aussi arriviste que Tamara de Lempicka, vendre des toiles pour me payer une Bugatti verte et des robes de créateur des Années Folles. Ou, tels que les jeunes avocats qui brillent dans l'Art Oratoire et comme celui-ci dont les yeux brillaient de rendre la justice à son degré le plus pur, son éloquence parfaite et ses vibrantes élocutions. Si les allongeurs de temps existaient, j'aurais cumulé un cursus de droit, de finance, de lettres et d'histoire de l'art, de sciences politiques et d'autres plus oisives, tels que des formations hôtellière, dans la coiffure, la psycho-socio, l'architecture et les métiers du textile.
Comment ne pas admirer ces professions irréelles, ceux qui doivent prévoir les cours de la Bourse, les chirurgiens, les avocats et tous ces autres?
J'aimerais bien faire partie de leur monde, pour cette magie mais aussi bien sûr pour ce fantastique niveau de vie. Comment résister à l'appel des raffinements de l'architecture intérieure, des beaux tissus rares et des pierres, la merveille des repas gastronomiques et des tableaux, des sculptures anciennes? D'autant plus qu'au niveau du marché de l'art les nouvelles fortunes se concentrent plus sur l'art contemporain que les intimidantes reliques des temps passés.

J'ai les crocs de loup, la conscience de requin, mais les actions d'une larve. Parce que je n'ai pas envie de me défoncer, parce que je n'ai pas eu l'envie de travailler pour une prépa, pour Sciences Po, je suis restée là à suivre la foule, et je me retrouve comme des milliers d'autres à rêver bassement, je calcule les échelons qu'il me faudra franchir jusqu'à des postes convenables dans l'administration. Et je me méprise un peu alors qu'il n'y a vraiment pas de quoi. Mais je veux plus que ça, comme cette copine qui prévoit toutes les écoles prestigieuses à faire, son copain qu'elle doit quitter car sans ambitions, sa soif d'argent. Et même si je sais les limites de cette course au prestige, la pauvreté et leur sécheresse de coeur, il n'empêche que je les envie, pour le génie de leur détermination.

Licence lettres modernes-histoire de l'art, diplôme CAE Cambridge ESOL, licence LAP, master Sciences Po, et enfin IPAG et concours? Ma course est loin de s'achever. Dans mes analyses sur l'évolution des personnes autour de moi, je ne m'oublie pas.


par Heela
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Jeudi 17 avril 2008

Depuis quelques années, je cherche à me venger de n'être pas comme tous les autres. Ca me bouffe et ca me ronge, et je me tais par peur des on dit et de leur sale regard.
J'ai utilisé beaucoup de gens, mais ca n'a jamais vraiment totalement marché; je ne suis pas une Katherine Merteuil, j'ai un coeur en trop je crois
J'ai bien aimé être amicale et à l'écoute de ces filles, terrassantes d'ennui et de balai dans le cul, gentilles comme tout quoi. Elles m'ennuyaient, mais quand personne n'était là et qu'elles oui, c'était très utile. Et puis il y en a une qui m'a baisée en beauté et même si elle revient souriante et naïve elle peut se branler bien profond. On ne me laisse pas tomber, même ces amitiés que j'ai entretenu par pur but fonctionnel, on ne me lâche pas. Et il y a les garçons, quoi, les garçons? Je croyais jouer mais toujours un sale coeur en fonctionnement, qui ne voulait pas s'effacer. Alors dans le qui perd gagne, personne n'est sorti gagnant ni perdant, mais au final c'est comme si je perdais hein. Du pareil au même. Cécile, tout le monde le fait. Seulement, il ne se trouve personne pour oser en parler  Je veux toujours être la meilleure. Et quelle chance elle a, de m'avoir, pauvre petit oisillon tombé du nid qui expérimente comme une gosse, et qui a besoin de moi. Si je n'étais pas là, elle ne pourrais que taire, et cacher sa honte? Et quelle pitié celle-là, je la prendrais bien en main pour qu'elle se redresse, enfin qu'elle sorte de son trou. Même les pires mochetés du monde trouvent quelqu'un, alors, pourquoi? Sourire en coin. Perdantes. Et pourtant, dans leur jalousie, leur envie qui me transperce et que je reçois avec joie, parce que je suis tellement meilleure qu'elles, tellement plus belle, plus mince, plus riche, plus chanceuse, plus libertine, plus intelligente et amoureuse oh oui, tellement tout ça, elles finiront par gagner et moi rester dans l'ombre de la lumière, avec ma verve et mes hontes cachées. Je les hais.
Parce qu'avec mes sourires, mes paroles et les regards des garçons posés en coin de rue, je suis plus démunie qu'elles, qui n'ont rien. Pour l'instant. Alors que moi, ça dure, dure, dure, et je ne sais pas si j'en verrais la fin. Alors comme armes j'ai la répartie cruelle, dite sur un ton innocent. Je n'ai que des flèches pour les transpercer et me venger, je peux faire peur, me faire admirer, mais je ne peux pas résoudre ce qui est en moi enterré. Et ils peuvent bien payer.
Hier soir j'ai essayé d'imaginer, si on me donnait le don de savoir ce que les autres pouvaient penser de moi et ça m'a glaçée. Parce que personne n'a vraiment envie d'entendre les on dits cachés des gens côtoyés. Quoique, je me demande ce que lui peut penser. Et je ne sais pas si quand il se lève alors que je suis à ses côtés, je le trouble ou l'ennuie. Parce que c'est le genre de mec bien sous tout rapport, qui me donne des envies de mordre, et j'aurais dû approfondir lorsqu'on était ensemble mais c'est un peu tard, et il a sa petite copine si gentille qui se trouve là comme une erreur du hasard. Trouble ou ennui? Parce que les autres, c'est tellement facile de voir hein. On dirait tous des petits garçons, et elles, des godiches tellement naïves. Que dire, que faire? Aide-moi, toi qui sait. Comme s'ils avaient honte d'un corps qu'ils pourraient utiliser à leur convenance.
Ils ne savent pas. Et je reste là les mains fermées sur mon silence qu'ils ne peuvent comprendre.
par Heela
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Mardi 15 avril 2008

Sous le soleil et suivie par une traînée de fumée, la fille à frange marche sans sourire, et les yeux la suivent. A la maison, il y a un couteau et des visages qui s'affaissent. La nuit, des réveils de toux causée par un je-ne-sais-quoi. La fille à frange écoute les cris et pianote sur le clavier. Le vernis que tu portes a un goût d'amertume atroce, et la cigarette que tu fumes se prolonge indéfiniment. Les Kills chantent la lourdeur des soirs d'été de folie amoureuse, et la fille à frange suit le rythme grésillant et grésillante la cigarette. Enfermez-la bête, on ne peut pas la faire disparaître. Encore du noir sur la paupière baissée, le ventre vide et quelques livres qui attendent avec résignation, des petites fiches vertes réclament pitance mais une fois de plus elle s'échappe et va sortir pour oublier un tas de choses qui arrivent, et dire qu'elles ne préviennent pas est faux. La vie c'est triste, et dehors le soleil même si temps glaçé partout, et des rayures sur la voiture. Voix rauque et yeux charbonneux, la fille à frange pique les vêtements de sa soeur, joyeux anniversaire, joyeux anniversaire, des cris encore, et des mégots cachés, l'acidité sur les lèvres. Jolene, Jolene, Jolene, Jolene
Peut-on faire des quotas, l'humain est une succession de strates et son explosion viole tout sur son passage? Souillé le soleil, souillés les oiseaux qui chantent pour faire taire les monstres tapis au dedans. Quelle tristesse sur cette terre, et l'ours blanc entouré des morses marche lourdement et puis se roule en boule pour mourir, les terres se fondent et les larmes se forment. Pas de solution miracle pour rien au monde, quelques hasards, et puis de l'espoir, et des lignes de mots à écrire et toujours avortés
Allez, je vais retrouver les rires et les effluves en degrés, partir en live et me faire admirer, la fille à frange disparaît pour ne revenir que la nuit tombée, fille lâche et langue acide, la fille à frange disparaît.

par Heela
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Dimanche 13 avril 2008
J'ai repris un journal écrit il y a neuf ans, un délicieux condensé de vie trépidante d'une fillette de dix ans. Extraits, retranscription fidèle, avec les fautes:

"Je suis contente, demain, Mme ****** notre prof d'hist-géo-éduc-civique nous rend nos contrôles. J'espère avoir 20! Car je suis malheureuse à cause de mon 15 en Expression Ecrite!"
"J'ai retrouvé, en rangeant mon bureau, mon ancien carnet secret. ce que j'étais débile, à l'époque!... Voici ce que j'avais mis en introduction: 'chers archéologues des années 2394 ou 3000, ce cahier, j'espère qu'il sera connu et publié. J'ai mis cette photo pour que vous me connaissiez mieux. Caractère: susceptible (enfin, des fois!). J'ai 9 ans 1/2, je souhaite que je soie connue comme Anne Franck.'"
"Cher journal, hello! ma morne existence continue malgré les assauts répétés du soleil pour me cramer."
"J'ai écris un poème sur l'Egypte.En une heure. Il s'appelle 'Terre Egyptienne". C'est parti! En route pour l'Egypte: Terre egyptienne/ gouvernée par Kephren Ton fleuve bienfaisant/fais le bonheur des enfants Tes pyramides d'or/annoncent l'aurore Malheur aux envahisseurs/qui troublent notre bonheur Les ors précieux des dieux/se lèvent à tes yeux Notre grand dieu Horus/fais fleurir les lotus L'egypte resplendit/grâce à toi, Osiris'"
"Je ne reverrais plus notre petite maison ensoleilée et sa vue sur la mer, ni les inombrables sentiers de lauriers roses qui aboutissent à la piscine, l'odeur des fleurs et surtout, surtout... je ne reveirrai plus Mathieu. Je crie (presque) de chagrin. Stop. Finis d'écrire."


Quelle étrangeté, ces pages insouciantes, je me souviens vaguement des émotions ressenties à l'époque, et du ressenti quand j'écrivais dans ce journal. Et quelle différence, entre la plate description des évènements de la journée (entrecoupés d'exclamations enthousiastes, de mots en allemand, l'alternance des couleurs, les départs en vacances multiples), et le noir égocentrisme des derniers cahiers.

"Quelle insouciance écoeurante, ces autres qui ne remarquent pas, ou à peine, trop peu. Je m'extravertie, expose mes sentiments, je veux qu'ils s'alarment pour moi. Apogée de la crise. trop fatiguée, mais je veux encore ces sales excès"
"De la coke, de la coke, j'en bave, je rampe je suis à un état larvaire et c'a m'excite d'en jouer, really. C'est de l'excitation face au danger. Je suis un peu dérangée mais terriblement consciente."
"Je ne veux pas crever, j'ai envie de disparaître"
"J'ai tellement envie d'être amoureuse de lui que je pense que j'y arrive, peu à peu. Tout le monde le sait fou de moi et j'adore ce couple de tordus, des dingues sur la même longueur d'onde."
"Marre de la mascarade sociale, du quotidien, de tout sauf de nous."


Que dire au final? Que tout cela s'est terminé le mardi 19 avril 2005 à 00h08.

"Tellement de chance - Mon futur mari, je l'ai bien choisi. Il m'aime comme on ne m'a jamais aimée, il pleure si je pleure et pleure de penser à une fin d'un nous ou de moi, il est ma soulmate et a une jolie voix, il fait la cuisine et est dévoué, il se coupe, il est suicidaire et dépressif et amoureux de moi, il me le dit et il pense mon amour ma beauté ma vie [...] Il fume et il est méchant, il est craquant et aime Placebo, sa chambre et son lit j'adore, il sait lire dans mes yeux et devine (quasiment) tout de moi, il ne se lasse pas de moi et ca fait deux mois qu'on est ensemble, depuis un mois on se voit quasiment tous les jours [...] il ne se lasse pas, il a su me pardonner des deux tromperies et ne me lâche pas malgré mes mensonges sur mes coupures mes paroles dures quand la colère est là ma déprime continuelle et je l'aime, je l'aime [...] Pour la première fois pris une douche et un bain avec un garçon et m'être endormie dans ses bras, pour la première fois je peux exhiber mes coupures ma déprime mes envies de drogue et je n'ai jamais rencontré une aussi belle soul mate, avec lui je suis heureuse et confiante et avec lui c'est la première fois que je peux envisager un avenir à deux presque tout à fait possible, et puis j'ai confiance, confiance, confiance   Il est beau de ce sourire de cette carrure de ces yeux qui scrutent toujours attentifs et inquiets et de son odeur, de ses caresses et de ses attentions    Il est beau, c'est une personne magnifique."


Et cette phrase a clôt mes sept ans de journal intime sur papier.

par Heela
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Samedi 12 avril 2008

Après une soirée alcoolique, et des remouds passés qui verront leurs vestiges par des yeux étonnés au petit jour, j'ai repris Capitale de la douleur, et j'ai retrouvé un poème. Il y a trois ans, je me l'étais assimilé, comme si ces mots me représentaient, et c'était:

Elle se refuse toujours à comprendre, à entendre,
Elle rit pour cacher sa terreur d'elle-même.
Elle a toujours marché sous les arches des nuits
Et partout où elle a passé
Elle a laissé
L'empreinte des choses brisées.


Et j'ai retrouvé aussi les poèmes qui me correspondaient quand il n'était plus là, quand j'avais déchiré mon premier amour de douleur de voir qu'il ne m'étais pas assez suffisant

Je me suis séparé de toi
Mais l'amour me précédait encore
Et quand j'ai tendu les bras
La douleur est venue s'y faire plus amère
Tout le désert à boire

Pour me séparer de moi-même


Comme dans tout ce que j'aime, j'ai cherché dans les mots d'Eluard tout ce qui pouvait représenter ma douleur. Ce qui n'est pas en partie souffrance n'est pas intérêt, et je n'ai jamais trouvé de réponse à la question: trouve-t-on beau les films qui nous font pleurer? Et pour le Seul, j'ai pour l'instant trouvé une définition, quoique partielle et insuffisante, à sa beauté d'être

Il fallait bien qu'un visage
Réponde à tous les noms du monde.


Et je me maudis d'être égocentrique et de pleurer sur un poids que je crois peser sur mes épaules. La douleur de la mort des êtres chers à venir, la peur de ce qu'il y a dans son refoulé, la souffrance d'une mère. La vie sans but, l'être et le néant. J'ai repris Satre et je l'ai feuilleté, mais je n'ai pas trouvé de grande réponse à ce que je sais déjà. Et dans les larmes j'avais trouvé: la philosophie aide à accepter le non-sens de nos vies. Quand tu acceptes cette condition, tu deviens sage, et je n'ai pas encore réussi à l'accepter, et je continue mon chemin, et quand je m'arrête au bord de la route le poids de la conscience m'écrase, jusqu'à ce que je me relève et reprenne ma marche. Nous sommes mués par l'espoir

A droite je regarde dans les plus beaux yeux
A gauche entre les ailes aveugles de la peur
A droite à jour avec moi-même
A gauche sans raison aux sources de la vie.


Et je m'aperçois de l'inutilité qu'il y aurait à ce que je refasse des poèmes, quand des grands de lumières ont su mettre les phrases sur les pensées.
Ce soir la vie s'est figée dans son cri étranglé, oui maman, et les spasmes de l'angoisse des draps roulés en boule et des phrases assassines, des yeux écarquillés sur sa peur et tout qui me revient en mémoire. J'ai mal, aide-moi, mais je ne peux rien pour toi, il faut apprendre à grandir. Et mon amour immense englobe tout de cet être assoiffé d'amour et poursuivi par des formes invisibles.
Demain, nous reprenons la vie


par Heela
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Mercredi 9 avril 2008


En relation avec ma quasi-obsession du ménage, la théâtralisation et la collecte de ma mémoire. Depuis toujours j'aime collectionner les choses (des cailloux aux cartes Pokemon même si je n'y jouais pas, jusqu'aux carnets), ranger les choses, les accumuler, parce que ca fait partie de ma mémoire, et que sans elles j'ai trop peur de perdre mes souvenirs. Et cette peur est justifiée, car quand je fais l'inventaire et que je retrouve certaines choses, certains écrits, ces épisodes me reviennent alors que sans les objets présents devant moi, ils seraient morts dans un coin du cerveau. Quelle hantise. Alors j'ai de tout et beaucoup trop d'inutile, une vingtaine de carnets vierges ou à peine ébauchés, des sacs plastiques (parce qu'ils sont design ou de magasins étrangers), des cartes postales et des tickets de toute sorte, vestiges de voyages et de visites, des petits mots écrits au collège-lycée par les copines, encore quelques cailloux, des tissus de mon époque styliste-customisatrice... même les cours, les agendas, je ne les jette pas. Et tout ça s'entasse, s'empile et s'amasse. Jusqu'à une poussée de ras-le-bol, et quelques kilos de souvenirs superflus partent à la poubelle.

A part ces quelques pensées-là, bref résumé de cette semaine: Un total de 2h de cours suivis, plus d'argent sur mon compte, beaucoup de Bactéricide (un mini-jeu du Programme d'Entraînement Cérébral, j'en suis une vraie toxico), beaucoup d'offres d'emploi consultées. Et un nouveau projet orgasmique pour les vacances d'été: une espèce de gigantesque recopiage de données sur ordi en art (cours de ces deux années, quelques centaines de pages) avec pour chaque période donnée, un index avec les différents artistes par ordre alphabétique. Ce qui me facilitera la vie et la mémorisation de ceux-ci. J'en salive déjà (et je ne suis pas totalement folle ok).


par Heela
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Mardi 8 avril 2008



Cette nuit ou plutôt ce matin, j’ai rêvé un truc vraiment cool comparé aux nuits passées. Et je crois que j’ai moi-même provoqué le rêve, quoique, je n’en sais trop rien.

En premier lieu, nous sommes un petit groupe de combattants, on attend la venue du grand méchant à tuer. Je m’isole, et ils me le font remarquer, mais je les ignore car je sais que je suis plus forte qu’eux. Je crois que je suis habillée dans la même tenue que je portais hier (manteau long et noir, mini short et bustier émeraude, dans le style Lara Croft - Alice de Resident Evil) Pour m’occuper, je saute d’un mur à un autre (des sauts surhumains précisons). Le grand méchant arrive et quasiment tout de suite nous sommes en duel, et chacun derrière une voiture on se renvoie une lance empoisonnée et aucun de nous deux arrive à tuer l’autre. Il arrive à m’écorcher avec mais (évidemment) j’ai une capsule anti-poison dans la bouche.
Et puis j’ai un peu oublié, mais dans l’ensemble il m’a capturée et il a envie de moi mais moi non, et je n’arrive pas à m’échapper de l’endroit où je suis. Mais c'était cool.

Et deuxième séquence, moins trépidante mais plus problématique pour moi. Car une nouvelle fois, je me retrouve dans la maison qui fait peur, celle que j’ai rêvée une dizaine de fois sans raison. Et comme d’habitude, cette maison est la mienne, et toutes les pièces se retrouvent presque toujours exactement pareilles. Et pourtant, cette fois-là, je n’ai pas peur du couloir qui mène à l’entrée de l’hôtel de luxe vide, et à un moment la porte s’ouvre et une femme entre par hasard dans la maison, mais je lui dis qu’elle ne fait pas partie de l’établissement. Je fais le tour des pièces avec je ne sais plus qui, et ca m’étonne vraiment, je n’ai pas peur (en même temps je ne mets pas les pieds dans l’hôtel ni dans le couloir noir) et suis plutôt fière de montrer à quel point la maison est grande. Et d’autres choses.


par Heela
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Dimanche 6 avril 2008

Ca me plaît, de voir ce qu'il regarde. De voir que je l'attire, et surtout de savoir qu'il a appris malgré sa nature d'italien à se refreiner pour elle. Et tout cela m'ammène à penser à ce fameux code des filles, ce onzième commandement du: Tu ne toucheras point au copain ou à l'ex de ton amie. Les garçons n'ont pas ce genre de truc tabou fondamental, et je crois que c'est parce que nous les filles, nous croyons à une amitié 4 eva, comme si on pouvait lier des liens indestructibles avec les autres, et surtout des filles. On fait pitié, mais en même temps c'est normal, on vole pas le bien d'autrui hein.
J'aime avoir cette espèce d'emprise sur les gens, me penser dangereuse pour les relations d'autrui. Il y a des fois où le fait que Untel soit célibataire le fait devenir terne, ou au contraire. Oh, c'est méchant. Mais c'est humain? Ce n'est qu'un jeu tu sais. Et un jeu excitant sur les interdits. Quand je lui parle, quand hier soir en boîte nous dansions ensemble et que l'excuse de sa nature italienne tactile lui permettait de me prendre par la taille, nous savions tous deux que ce n'était qu'un jeu de contacts, et que ça n'irait jamais plus loin car nous avons chacun l'amour de notre vie, et que nous avons fait trop de sacrifices pour eux, pour les perdre. Et je suis un peu triste pour elle, de savoir qu'elle a des points en manque sur les miens, elle a encore tant à apprendre au jeu des sens. Mais je ne peux pas m'empêcher de sourire à mon triomphe, même si ce n'est qu'un triomphe de chair.



par Heela
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Vendredi 4 avril 2008



- Tu as une vie sympa, tu sais
Elle m'observait les yeux clôts à demi. J'ai trouvé son regard sublime, en fait, tout en elle était sublime.
- Et je te parle pas de tes amis, de ta famille, mais de toi
J'ai regardé avec envie ce qu'elle était. Et tout ce que je n'étais pas. Elle se dressait là, toute de noir vêtue, maquillée à l'extrême. Un sourire narquois, les ongles noirs, un décolleté prodigieux, des bottes noires, les proportions parfaites, et ce décalage avec le monde. Elle m'a observée avec pitié, ou dédain? Je n'étais plus à ça près.
- Ecoute, je suis ce que tu vas devenir, rien de plus. Tu es là les yeux écarquillés, tu transpires l'envie d'être, mais tu ne sais pas ce qu'il advient après. C'est pas joyeux, crois-moi. Et tu as tellement de choses que tu n'auras plus ensuite. L'amour, la confiance, la bienveillance, rends-toi en compte.
Je l'ai regardée à mon tour, j'avais l'impatience dans les veines, et le coeur soulevé, et je l'ai empoignée par les cheveux et je lui ai dit, que je ne ferais pas marche arrière.
Alors, elle n'a plus rien dit, elle est entrée en moi et j'ai senti
la douleur


J'ai rêvé cette nuit, mais ce n'était qu'une transposition imagée de la réalité qui faisait mal alors je l'ai oublié. La tranquillité commence à me démanger, je suis sage, trop sage depuis des semaines, je fais tout bien mais je ne suis pas complète, car il me manque une certaine dose de noirceur pour apprécier la paix de l'après. J'adorerais être méchante et faire du mal sans me sentir coupable.
Sur ce, je retourne à ma dissertation.


par Heela
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Lundi 31 mars 2008
- La révolution est à nouveau en marche, cria t-elle, le poing levé aux cieux.
Et moi je souriais en marchant auprès d'elle. Et ce n'était pas chose facile: elle était saoûle, mais saoûle comme je ne l'ai jamais été, comme je ne le serais jamais. Les yeux vitreux, la bave au coin des lèvres, elle déambulait avec un équilibre précaire et je devais à chaque fois faire un pas de côté quand elle trébuchait. Je l'avais tellement ramassée par terre que je savais maintenant qu'il fallait que je me tienne à l'écart de sa conscience alcoolique, et de ses griffes surtout.

- Tu sais, t'as vu la baisse dans les sondages, tu l'as vue hein, il est en train de se foutre par terre, et on sera là pour lui marcher dessus. Et t'as vu qu'à la Havane ils ont droit aux téléphones portables? Qu'est-ce que t'en dis? Qu'est-ce que t'en dis? Arrête de sourire, ca va me filer encore la gerbe. J'suis sérieuse, j'suis toujours sérieuse tu sais.
Elle bafouillait ses phrases, tout en se roulant une clope, et j'ai admiré le mécanisme de ses doigts. Je crois que même dans un coma éthylique ils auraient pu bouger tous seuls, tellement c'était devenu un espèce de toc chez elle.

- Tu n'aurais pas dû boire autant.
Et comme d'habitude, ce fut la phrase de trop, elle s'est redressée (en s'y prenant à deux fois) et elle m'a regardée, un rictus grinçant aux lèvres. Et une fois de plus, il y allait avoir une avalanche qui allait se déverser et
- Tu bois trop, tu bois trop, mais, chérie, la conception de l'excès est dans ma nature, et puis qu'est-ce que l'excès, ce foutu excès? Tu crois que c'est parce que des gens ont décidé de mettre tel ou tel chiffre et ont dit: c'est la limite sacrée, tu dois pas dépasser, que je vais la prendre en compte? Hein? T'es vraiment qu'une conne Aude. Tu fais toujours ce qu'ils te disent, t'es toujours sage, gentille, avec ce foutu sourire aux lèvres. Tu vois, moi je vis, et toi t'es comme tous les autres, t'es une morte déjà, tu fous rien, et tu restes là, file moi le shit, j'ai envie de te baffer.

Et je lui ai tendu bien sagement, bien gentiment (avec un foutu sourire aux lèvres) sa petite barrette brune. Aude, c'est moi, et elle, c'est Elle. Elle, avec ses vieilles chaussures de marche usées, sa voix rauque et ses yeux meurtriers. Je crois qu'on a toujours été amies, depuis la primaire du moins. On se partageait nos carambars, on se piquait nos petits copains et après, lors des réconciliations, on s'envoyait des poèmes grandiloquents où nous nous disions que, plutôt mourir que de ne pas être ensemble. J'ai été la première à grandir, et je crois que ça l'a rendue jalouse, mes soutiens-gorge et mon brillant à lèvres, et elle s'est mise à faire pareil, et nous nous sommes mises à vivre la nuit, nos défis, c'était à celle qui ramenait le plus de numéros dans la soirée, et vu que nous lisions beaucoup par ailleurs, on débattait pour savoir qui de nous deux était la marquise de Metreuil ou le vicomte de Valmont. Et puis un jour ça a changé, brusquement, enfin je dis ça, mais c'était elle, et depuis ça n'a plus été pareil, allez savoir pourquoi
- Tu planes? Dis, je rigolais hein. Je t'aime beaucoup, beaucoup, BEAUCOUP
Et elle s'était mise à hurler ça, de plus en plus fort, et de ses cris je perçevais les relents d'alcool qui émanait de tous ses pores. Et elle riait en même temps, elle hoquetait. Il y avait de la méchanceté dans sa voix.
- Tu saoules, calme-toi, et fais tourner.
J'avais l'habitude, c'est comme tout, on se sent déstabilisé au départ et puis ca devient une routine. Je me trimbalais une épave, il était quatre heure du matin, et j'étais vraiment, mais vraiment, fatiguée.

Et de la voir, dilater ses narines pour expirer les nuages de fumée et imiter le taureau (bourré), ca m'a fait chier. Ca m'a fait chier, parce que je ne pouvais pas lui parler, elle était comme une huitre et moi j'avais pas l'ustensile, et j'étais seule, et la seule véritable amie que j'avais était en train de s'acharner à écrire Mort Aux Cons dans l'herbe, les ongles noirs de terre. Aude était seule, en compagnie d'une tarée, sans compter tous les ennuis qu'elle avait à la maison. Ma mère avait franchi une nouvelle étape dans sa folie, elle avait donné des noms à tous les meubles de la maison et quand je rentrerais je pourrais être sûre d'être forcée à prendre le petit déjeuner en compagnie de Michel et d'Alain, alias table basse et meuble d'appoint. Ma vie était désolante.
- Tu te rappelles de Loïc? Dis? Mais siii, en 6e. On lui avait fait croire que l'herbe c'était celle de la cour de récré, et il s'était fait un joint avec. Quel con ce type!
Son rire me perçait les tympans, et dans la nuit noire tout autour, c'était comme si mes monstres venaient pour me dévorer. Venu d'en dessous, ça dévore tout, venu d'en dessous, ca dévore tout. Et de penser à ça dans ma tête, la douleur irradiait les alentours.
Je grelottais dans mon trench et elle, elle sautillait en tshirt, tout en me démontrant point par point quelle soirée de merde nous avions passée.
- Et puis ils sont vraiment dégueu, t'as vu leur regard? Ouais, tu l'as vu bien sûr, c'était comme quand on jouait à faire les putes. Je vous salue marquise!
Et elle s'est prit un panneau, et l'hématome grandissant, j'en ai eu assez, et je suis partie, parce qu'il fallait pas pousser, une fois que la coupe est pleine, hé bien... elle était pleine quoi. Point barre, je rentre chez moi, tu me fais chier, salut et au revoir


J'essayais toujours de la faire réagir, mais elle était comme une poupée cassée. Elle me faisait peur des fois, avec son regard vide et son sourire qui flottait comme chez un fantôme, mais merde, qu'est-ce qui n'allait pas? Quel était le sens de tout cela? Je l'aimais, moi. Je l'aimais même avec son air de vide, et j'essaie de me rappeler l'époque où je pleurais et qu'elle me réconfortait en me disant: Ils ne sont rien, et ils ne savent pas ce que nous valons, et un jour nous serons leurs reines. Cette phrase, c'était notre fétiche, on se la chuchotait, on se l'envoyait en petits mots pendant les cours, et on se regardaient d'un air entendu et profond. Mais aujourd'hui, elle disait rien, jamais rien, j'aurais tellement espéré, et j'espère encore, qu'elle soit jeune et débile, qu'elle vive quoi. Mais non, petite Aude se laisse flotter et elle devient un espèce de cadavre ambulant, une épave. Je ne sais pas quand tout a été chamboulé, mais c'est d'elle que tout ça a commencé. Des fois je l'entendais parler tout seule et se serrer dans ses bras, comme si le froid l'envahissait et ca me foutait les boules, et j'avais mal pour elle, mais je ne sais pas quoi faire. Pourquoi est-ce qu'elle fond dans la nuit, y a t'il un sens à cette putain de vie qui nous bouffe tous, je ne sais pas, et je crois que j'ai encore envie de vomir


par Heela
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Dimanche 30 mars 2008


J'ai quasiment achevé mon exposé sur Louise Bourgeois; je n'ai pas fait le compte des heures passées à naviguer de pages en pages, tant virtuelles que sur papier, sans compter la découverte en vrai de ses oeuvres à la rétrospective du centre Pompidou, mais il doit y en avoir pas mal.
Et comme toujours, je m'aperçois qu'à chacun des exposés en art, je m'immerge complètement dans l'oeuvre de l'artiste, j'assimile tout ce que je lis et voit, et ce contenu me fascine et me pousse à travailler (car là, il est 4h du matin), et à aimer ce qu'il fait, à force de côtoyer, on apprivoise et on apprécie.
Et bien sûr, je ne fais pas vraiment les choses dans l'ordre, car pour ce mercredi (!) il y a l'oral sur les Lettres Philosophiques, j'ai les grandes parties mais je dois tout bien mettre en place encore, et puis la dissert dans deux semaines, et enfin le gros exposé sur Memling que j'ai complètement délaissé malgré un début très prometteur. Sans compter l'informatique, l'interro d'anglais de mardi... Je ne pense pas que j'aurais aimé la prépa, mais il y a des périodes comme ça où je vis dans le travail, quand le travail me plaît, il m'absorbe complètement et j'en oublie l'envie de sortir, de flemmarder,
d'aller aux toilettes, de faire des choses et d'autres.
Et il faut avouer que je kiffe a donf, ouais.

Pour ce qui est de l'avenir, je suis devenue une habituée du SIO. Je compte les échelons à gravir, les salaires, les concours à préparer, j'ai quelques notes de prises sur le droit administratif pour dans deux ans (droit administratif très intéressant pour ce qui est de l'historiographie).
Sinon, je suis devenue une toxico du mini-jeu Bactéricide du Programme d'Entraînement Cérébral, et j'en suis au début de la saison 7 (la dernière, donc) de Buffy.
Et je prie de toutes mes forces que je ne retombe pas dans la folie WoW (malgré mes 2 lvls qui me séparent du lvl 70 ultime), ou dans des séries obsessionnelles telles que Dexter, Weeds ou surtout (la plus meurtrière) Heroes.

Bon, tout va bien quoi. Je gère, je gère, en omettant quelques petites turpitudes de l'existence, toutes les choses sont dans l'ordre, bien placées, dans leurs petites cases.


par Heela
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Mardi 25 mars 2008
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Les belles de Botticelli ne me regardent pas et leur bouche est tirée vers le bas. Elles sont si mélancoliques, ou prétentieuses, je leur tirerai bien les cheveux. Regardez-moi, j'existe mais vous pas.
La peinture de la Renaissance est un réconfort contre l'angoisse de la mort, depuis la brèche entrouverte avant-hier soir toutes mes angoisses reviennent à petits pas pour m'entourer silencieusement. Je me remémore la peinture dorée des auréoles et les visages sereins des saints et mes peurs s'effacent un peu. L'art, un peu mon petit ersatz du moment, comme une religion qui mentirait sur la mort et m'ouvrirait les bras sur un beau paysage.
N'aies pas peur, tu n'es pas seul, je resterais avec toi pour toujours, jusqu'à ton dernier souffle. Tu es mon paradis retrouvé, ma lumière et ma voie. Tu n'es pas seul.
Si j'étais artiste, je crois que ma perception serait du même bord que celle de Louise Bourgeois, dont l'oeuvre est toute entière dédiée à ses fantasmes et exorcisations de ses souffrances. Un cercle vicieux, limité, mais ce que j'écris va dans le même sens.
Je reprends peu à peu un rythme de travail -j'y suis bien obligée- et entourée des images icônes et dans la clarté rigoureuse du devoir sur les Lettres Philosophiques, je ne pense plus qu'en termes concrets. Je rêve chaque nuit, mais je ne fais pas l'effort de les retenir, j'ai sans cesse avec moi une liste de devoirs et je me cadre l'esprit. Rigueur, clarté et responsabilité.


par Heela
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Mardi 25 mars 2008

Pour ceux qui n'étaient pas encore prévenus malgré ma publicité tapageuse, j'ai créé un nouveau blog, cette fois-ci non dépressif, non social, mais culturel attention. Pour permettre à mes centaines de photos de ne pas pourrir dans la mémoire de mon pc aussi.

(voir Acca Larentia dans mes fav's)


par Heela
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