
Hier j'ai fait un rêve avec des Chupa Chups et aujourd'hui un autre où j'étais en prison, il y avait toute une intrigue que j'ai oubliée, juste une séquence avec un garde cruel qui m'écorchait
avec son ongle mon visage en me disant: tu as un grain de beauté, je vais l'enlever, et ensuite il me giflait. Bref. Je me suis endormie hier enfin avant-hier à une soirée après un
joint, c'était pathétique, je suis trop une vieille, heureusement que le concert de lundi sera une gigantesque orgie pour oublier ma pathétique prestation. Je dois me préoccuper de certaines
choses mais c'est avec un certain ravissement que je dors à des heures indûes, que je mange un peu n'importe quand et que je traîne la journée sur des sites de fringues. Je suis une fille
chiante, je régis tout selon mes aspirations et quand quelque chose dévie de la route je pète un câble, comme si un peu je possédais la vérité universelle. Il y a peu j'ai appris que M. nous
considérait moi et ma soeur comme ses idoles. On apprend à la longue à reconnaître les caractéristiques des gens que l'on attire. Et ce n'est pas si glorifiant.
Cette fille débile est revenue me parler de sa vie: mais qu'est-ce que j'en ai à foutre? Et comme je suis une
fille gentille je fais ce que j'ai toujours admirablement fait: j'écoute d'une oreille complaisante. Mes valeurs sont viciées: je te l'accorde. Mais les gens se foutent de ce que tu penses, ce
qu'ils veulent, c'est parler, parler. Et profiter de ce que tu peux leur apporter. Mais ils connaissent toujours la réponse. Je suis là comme un espèce de déversoir pour des gens débiles qui ne
savent pas s'y prendre avec leur vie alors que la mienne est jolie. Mais ils n’écoutent pas vraiment la réponse à leurs problèmes, ou ils crachent dessus. Beaucoup de garçons ont une certaine
méfiance à mon égard et des fois je désespère qu'ils ne me voient pas comme une fille calme, posée et réfléchie. C'est comme ca qu'ils préfèrent ma soeur: les filles sécurisantes sont celles qui
suivent le mouvement, rient quand il faut, parlent quand il faut et balançent les blagues au bon moment. Celles qui posent sur le monde un regard neutre et sympathique, en l'attente de quelque
chose. Ils aiment les filles qui ne font pas de remous, des filles à protéger ca c'est sûr, réservées sans être coincées, des jolies élégantes qui n'en font pas trop. Mais je n'ai jamais réagi
comme ça, je suis dans la confrontation, la crudité et la cruauté du moment. Trop cynique, trop caustique, dans l'excès, en tout. Mais c'est paradoxalement comme ça que tous ceux qui m'ont bien
aimé sont restés contrairement aux autres qui adulaient ces filles. Les filles sympas sans histoires lassent, celles qui schizophrénisent leur vie ont plus de piquant, leur goût sur la langue
reste plus longtemps.
Ma vie a un certain côté clinquant, exubérant et artificiel, que les intellectuels qui me prenaient en haute estime méprisent:
tu es immature, matérialiste, consumériste, idiote, prétentieuse au dernier degré en plus. Mais vivre comme un sage lucide et désséché c'est nul: pourquoi lire et exposer de grandes idées, savoir
un peu de l'humain, confineraient les gens dans une élite, de hautes sphères inaccessibles? Tu es un sale snob, et tu n'as pas changé depuis l'époque où je te côtoyais, ça non. Tu as certainement
acquis une grande sagesse, quoique le terme est assez nébuleux, tu me surpasses certainement dans des idées, des acquis, des valeurs de vie. Mais on s'en fout: l'important c'est de vivre
heureux. L'es-tu? Moi je le suis. Nous pouvons très bien nous revoir, car tu aspires à te confronter à mes idées pour bien les écraser. Et ainsi savoir que tu ne me dois rien, que je suis une
sale merde dans sa misérable vie. Tu es irrémédiablement attiré par la déchéance de l'esprit que je représente à tes yeux, et tu as le besoin de te confier à ma lucidité comme un miroir. Moi je
m'en fous, je me rappelle très bien nos échanges, mon ressenti envers ce que tu es n'a pas changé. Et tu as raison quand tu dis que nous ne serons jamais faits pour être amis. Je jongle trop.
Nous sommes différents.
La vie n'est jamais simple et nous aspirons tous, moi plus que quiconque, à la ranger dans de petites cases
bien définies. Mais ce n'est jamais suffisant, dieu merci.
A part ça, ayant réfléchi, je me fais à l'idée que Eva Green se rapproche plus de mon idéal de la beauté, plus qu'Asia Argento ou Angelina Jolie même. Toutes mes idéales ont quelque chose
dans le regard qui perce, une ambiguïté trouble. L'aspect léché des égéries des autres, comme Scarlet Johannsson, me laissent complètement froide et indifférente, elles ont ce truc de trop vu et
revu pour toucher. Si toi tu ressembles à Eva Green, soit sûre d'une chose: tu es d'ores et déjà mon amie pour la vie.