Les gens qui se plaignent de leurs petits problèmes familiaux, je leur ris à la gueule. Même ceux qui ont de gros problèmes, je leur crache dessus. Parce que rien ne peut être comparable au drame
qui se joue-là, en ce moment, et dont je n'avais pas encore saisi l'ampleur. Ma souffrance adolescente étais savamment construite, j'avais avec moi ce qu'on appelle le recul, la prise de
conscience, même au plus bas je survolais mon état avec lucidité. Ce qui se trame en ce moment est si glauque, si désespéré. En parlant avec lui, j'ai vu l'horreur qui se cachait tout au fond, et
même si adulée je suis prise pour modèle, nous n'avons tellement rien en commun, nous sommes éloignés en tout même si de prime abord on croirait qu'il met ses pas dans les miens.
Il a franchi la limite, dans sa vie le réel n'existe presque plus et loin d'eux je n'ai pas pu le sauver; parce qu'en vérité je suis la seule lumière dans sa noirceur qui va toujours plus loin,
toujours plus profond, et je retrouve une épave, quelque chose de fou dans les yeux, les poèmes morbides, l'épingle à nourrice dans l'arcade, les trous dans la peau, le débit de paroles mâché
et saccadé, les gestes de pantin qui suit désespérément ce qu'il croit être juste pour être accepté
Il a des traces de scarification sur les poignets, les petits soldats encore éparpillés dans toute la chambre, 15 ans et la solitude aliénée. Regarde, toi aussi tu faisais pareil. Non, ce n'était
pas pareil. Pourquoi?
Pourquoi, et toute mon horreur ravalée derrière un visage neutre, une expression pensive pour autre chose, les paroles banales d'une discussion normale, et derrière cachée toute mon incrédulité et
ma tristesse. C'est un petit être qui se traîne, un filet de haines et de rejets, et la fragilité de ceux qui sont expulsés hors du social, de ceux qui sont bannis du monde humain tout
simplement parce qu'il leur manque le code des usages sociaux, avec tout ce que ca a de réglé et d'hypocrite. C'est une espèce d'ombre qui rampe au sol et qui croit à ce que les autres lui font
voir de lui-même, un monstre inhumain, bizarre, anormal, à jeter. Il est conscient et lucide, mais cette lucidité s'arrête à son état et le reflet de la société, il n'y a pas ce recul conscient
Et sa douleur, et la douleur parentale, un conglomérat de souffrance insupportable, au delà des mots, ceux extérieur ne peuvent pas comprendre. Et c'est intolérable, ce sentiment, et les leurs
Il y a quelque chose de pathologique dans son état, parce qu'il ne ressemble pas aux petits gothiques ou aux autres banals ados en crise, il y a quelque chose de si profond qu'en connaissant ces
douleurs d'âme, pour les avoir bien disséquées, je sais que cet état va au-delà des limites du responsable, il y a quelque chose de si dangereux, de désespéré, et moi je n'étais pas là, et je ne
serais pas assez là, et pourquoi devrais-je seule porter le fardeau d'une vie humaine sur le fil? Une ombre de lui-même et dans son état quelque chose qui a franchit les bornes du réel
Mon petit frère, mon tout petit frère, et le plus horrible c'est cette conscience aigue que plus tard, si nous ne faisons pas quelque chose, ou plutôt, si je ne fais pas quelque chose,
l'avenir a un goût de mort, une odeur de cadavre, quelque chose de suicidaire ou de meurtrier, d'un être hors du monde et rejeté des codes sociaux n'a plus que des instincts désespérés
j'ai envie de hurler, tant de douleur